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Congrès Coop de France

Le ministre chahuté sur la séparation

Agrodistribution | Publié le

Le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, s’est fait siffler à plusieurs reprises par les congressistes, le 19 décembre dernier à Paris. Il n’a pas éludé le sujet de la séparation du conseil et de la vente des phytos et a promis d’avancer sur ce dossier.

« J’espère qu’il va y avoir une direction de l’ordonnance qui vous conviendra et qui aille dans le bon sens », a adressé Didier Guillaume à l’intention des congressistes et de Michel Prugue, président de Coop de France. © R. FOURREAUX
« J’espère qu’il va y avoir une direction de l’ordonnance qui vous conviendra et qui aille dans le bon sens », a adressé Didier Guillaume à l’intention des congressistes et de Michel Prugue, président de Coop de France. © R. FOURREAUX

Didier Guillaume était attendu de pied ferme. À peine arrivé au congrès de Coop de France, il a essuyé un certain nombre de sifflets. « Allons-nous être entendu ? », s'impatientait Michel Prugue, président de Coop de France, dans son discours d’ouverture. « Nous voulons être entendu sur le rôle d’accompagnement des coopératives auprès de leurs adhérents coopérateurs », en référence au débat actuel sur la séparation du conseil et de la vente.

« Un projet non acceptable en l’état »

« Cette mouture du projet d'ordonnance n'est pas acceptable en l’état, car il ne permettrait plus aux coopératives de jouer leur rôle de centrale d’achat et d’approvisionnement pour ses coopérateurs, de les accompagner au quotidien pour les conseiller aussi bien en termes agronomiques que commerciaux, de faciliter leur adaptation à la demande des consommateurs, de les encourager à la baisse des produits phytopharmaceutiques. »

« C’est pourquoi nous portons une proposition concrète compatible avec la loi [...] : une séparation hiérarchique des équipes chargées du conseil et de la vente, une facturation du conseil séparé du produit, l’inscription dans la loi de choses que nous pratiquons [telle que] l’interdiction de tout élément de rémunération indexée sur l’activité de vente de produits phytopharmaceutiques. »

« Nous l’imposer, c’est nous entraîner à la désobéissance civique »

Un peu plus tôt, dans la matinée, en clôture de la convention InVivo, le président de l’union, Philippe Mangin, n’avait déjà pu « passer sous silence ce débat ubuesque » : « Nous avons atteint là le summum de la négation de la vocation coopérative. Pour la première fois, les coopératives ont été traitées comme des opérateurs commerciaux et rien d’autre. Pour la première fois, voilà que l’on annonce aux agriculteurs qu’ils n’ont pas le droit de se regrouper pour prolonger les activités de leur exploitation et acheter ensemble leurs intrants en s’appuyant sur un conseil et des techniciens dont ils sont les employés. »

« Jamais le monde paysan n’aura été autant atteint dans sa liberté de s’organiser, assène le président d’InVivo. Sans nul doute avons-nous notre part de responsabilité, mais de là à nous imposer un ʻʻmachinʼʼ coûteux, inopérant et à coup sûr inefficace, c’est nous entraîner à la désobéissance civique. »

Vers une ordonnance « qui aille dans le bon sens »

Le ministre de l’Agriculture, qui s’est dit « un ardent défenseur de la coopération », a d’abord crié halte à l’agribashing, sous les applaudissements. Ambiance tout autre sur la séparation du conseil et de la vente. « Il n’est pas question que les coopératives agricoles, que les chambres d’agriculture ne puissent plus être parties prenantes de cela », a-t-il souhaité rassurer, avant de répondre directement à quelques interpellations spontanées du public.

« Dans les jours qui viennent, j’espère qu’il va y avoir une direction de l’ordonnance qui vous conviendra et qui aille dans le bon sens », a finalement ajouté Didier Guillaume, en évoquant vouloir aboutir à « un compromis qui semble le mieux équilibré ». « Nous vous avons entendu, nous allons essayer d’avancer. » Ce qui lui a valu à nouveau quelques huées. Et de s’en sortir par une boutade finalement applaudie : « Dans les tribunes d’un stade, les sifflets sont parfois des encouragements pour les joueurs ».

Renaud Fourreaux